Une enquête du collectif interassociatif sur la santé (Ciss), réalisée au mois de mai dernier, révélait que 22 % des médecins autorisés au dépassement d'honoraires (secteur 2) refusent de
recevoir un patient bénéficiant de la couverture maladie universelle complémentaire (CMU).
Deuxième coup dur, courant juillet, avec une autre étude qui démontrait qu'un cabinet sur quatre exerçant à Paris refuse de soigner un patient pauvre. Deux bombes qui ont poussé le conseil de
l'ordre des médecins à publier un communiqué, à la mi-juillet, pour dénoncer ces actes et pousser les victimes à se plaindre.
Pour bien cerner le problème, l'est-éclair a décidé de réaliser son propre test sur un panel de trente cabinets généralistes (dont six de secteur 2) installés à Troyes et son agglomération. Très
simplement, nous les avons contactés pour prendre rendez-vous en spécifiant : « Je suis couvert par la CMU. » Dans les cas de refus, un deuxième journaliste appelle pour les mêmes raisons
quelques minutes plus tard sans préciser s'il bénéficie de la couverture.
Les diverses études et tests dans les médias font état de médecins refusant explicitement les CMU. De notre côté, aucun ne nous a clairement indiqué qu'il refusait ce type de patient et passe
généralement par l'excuse de l'agenda complet. Si après vérification, deux cabinets refusent bel et bien de nouveaux patients faute de place, d'autres n'hésitent pas à donner un rendez-vous au
second journaliste après m'avoir fermé la porte.
« On ne prend plus personne »
Premier coup de téléphone et déjà, « nous sommes débordés, nous ne prenons pas plus de patient pendant les vacances », m'explique une secrétaire. Une rengaine que je vais
régulièrement entendre. Quelques minutes plus tard, le deuxième journaliste décroche un rendez-vous au même numéro. Constat similaire dans trois autres cabinets. Dans un autre, la secrétaire me
renvoie gentiment chez un confrère, alors que ma collègue obtient encore une entrevue pour la semaine d'après.
La médaille revient à un cabinet de secteur 2. La secrétaire, prise de court, hésite, « euh… alors normalement, il n'y a pas de souci, attendez je vais lui demander ». Quand elle reprend la
communication, elle m'assène un « on peut vous prendre, mais il faudra payer la différence. »
Il y a aussi ces cas où l'on accepte de me recevoir mais pas sans hésitation de l'autre côté de la ligne. « Vous prenez les CMU ? », « Alors… je ne sais pas, c'est compliqué niveau place en ce
moment, je vais demander au docteur ».
Après cinq minutes d'attente, elle me donne finalement un rendez-vous dans la soirée. Les secrétaires font tampon et ne savent pas toujours comment réagir. « Vous avez bien l'attestation hein ?
», s'assurent certaines, « je vais vérifier… oui il prend les CMU », annoncent d'autres.
Une vingtaine de cabinets me donnent un rendez-vous sans sourciller, « ce n'est pas un problème ça la CMU », s'étonne même un médecin. Un autre du secteur 2 précise : « Mais bien sûr que je vous
prends, vous êtes un patient comme les autres. »
Au final, sur les trente cabinets contactés, cinq refusent de me donner un rendez-vous pour des raisons que nous avons imputées à la CMU. De meilleurs résultats que ceux observés à Paris (25 % de
refus contre 16 % chez nous). Les raisons?
L'agglomération troyenne n'est pas surmédicalisée et on ne comptabilise qu'un faible taux de médecins à honoraires libres, souvent montrés du doigt dans les
études...
source: Libération Champagne